Editorial : Quito +10 : l’agenda urbain mondial à l'épreuve du réel
Il y a trente ans, Villes en Développement consacrait son bulletin n°28 à Habitat II, la conférence d’Istanbul de 1996. L’année suivante, le numéro 35, intitulé Au-delà d’Istanbul, posait déjà une question qui résonne singulièrement aujourd’hui : Habitat II avait-il été une « grand-messe » internationale de plus, ou le prologue prometteur du siècle qui s’annonçait ?
Vingt ans plus tard, en 2016, à la veille d’Habitat III, l’AdP publiait le bulletin n°103, En route vers Habitat III – Témoignages d’acteurs. L’optimisme était alors réel. Le Nouvel Agenda Urbain, adopté à Quito quelques mois après l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris, devait contribuer à traduire dans les territoires les grandes ambitions du développement durable. Les villes n’étaient plus seulement considérées comme les lieux où se concentraient les problèmes : elles devenaient des acteurs et des espaces essentiels de leur résolution.
Dix ans après Quito, que reste-t-il de cette ambition ?
Les contributions réunies dans ce numéro invitent à dépasser l’alternative trop simple entre réussite et échec. Le Nouvel Agenda Urbain a profondément contribué à faire évoluer les représentations. La place des collectivités territoriales dans les agendas internationaux s’est affirmée. La « localisation » des ODD s’est imposée. Les enjeux de gouvernance multiniveaux, de planification intégrée, de résilience et de participation sont désormais largement reconnus. Plus récemment, le retour du logement au premier plan de l’agenda international témoigne aussi d’une capacité de recomposition. Mais cette reconnaissance n’a pas été accompagnée d’une transformation comparable des moyens d’action.
C’est sans doute là que se situe le principal enseignement de Quito+10. Les villes sont davantage reconnues, mais elles restent trop souvent insuffisamment associées aux décisions qui les concernent. On leur demande d’agir sur le logement, le climat, les mobilités, les infrastructures, les inégalités et la cohésion sociale, sans leur donner toujours les compétences, les ressources financières et les capacités techniques correspondantes. Le financement demeure le nœud du problème, particulièrement dans les villes du Sud où se concentrera une grande partie de la croissance urbaine des prochaines décennies.
Dans le même temps, les grands agendas internationaux se sont progressivement fragmentés. Climat, logement, mobilité, développement économique, inclusion sociale ou financement sont encore trop souvent traités dans des cadres distincts, alors qu’ils se rencontrent précisément dans les territoires. L’une des intuitions essentielles de Quito reste pourtant d’une remarquable actualité: la ville est un système. On ne peut penser le logement sans le foncier, la mobilité sans la forme urbaine, l’adaptation climatique sans les inégalités, ni les infrastructures sans leur financement et leur gouvernance.
Le contexte de 2026 rend cette réflexion d’autant plus urgente. Crises climatiques, tensions géopolitiques, conflits, aggravation des inégalités et affaiblissement du multilatéralisme bouleversent le cadre dans lequel avait été adopté le Nouvel Agenda Urbain. À quatre ans de l’échéance de l’Agenda 2030, il ne suffit donc plus de mesurer le chemin parcouru. Il faut préparer la suite.
Pour l’AdP, Quito+10 doit être moins une commémoration qu’un point de départ. Il ne s’agit sans doute pas d’inventer encore un nouvel agenda, mais de créer enfin les conditions permettant de mettre en œuvre les ambitions déjà formulées : renforcer les capacités et les ressources des collectivités, rapprocher les financements des territoires, donner une place réelle aux autorités locales, aux professionnels et aux habitants dans les décisions, et mieux articuler les politiques sectorielles autour des réalités territoriales.
Le logement pourrait constituer l’un des points d’entrée de cette nouvelle étape. Non comme un secteur isolé, mais parce qu’il cristallise les grands enjeux contemporains : accès au foncier, inégalités, proximité, mobilité, climat, qualité de vie et partage de la richesse produite par la ville. Il rejoint ainsi plusieurs des réflexions que l’AdP porte aujourd’hui sur le logement, l’urbanisme positif et la ville de proximité.
En 1997, nous nous demandions ce qui viendrait « au-delà d’Istanbul ». Près de trente ans plus tard, la question pourrait être reformulée : qu’y aura-t-il au-delà de Quito et de l’Agenda 2030 ?
La réponse ne se trouvera probablement pas seulement dans un nouveau texte international. Elle dépendra de notre capacité collective à faire des villes, de leurs habitants et de ceux qui les gouvernent et les construisent, de véritables acteurs de la transformation.
C’est à ce débat que l’AdP entend continuer à contribuer.



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