Au-delà de l’infrastructure, intégration territoriale et gouvernance comme facteurs de succès d’un projet de transport
Par Zoé Ramondou, Urbaniste, et Charlène Kouassi, Directrice de Movin’On in Africa.
À la lumière des riches contributions réunies dans ce bulletin, deux enseignements majeurs semblent se dégager. D’une part, le succès des projets de transport collectif de masse repose sur leur capacité à s’intégrer pleinement dans l’espace et les usages urbains là où ils sont développés. D’autre part, il dépend de leur insertion dans le maillage existant, s’articulant avec les réseaux et contribuant à leur structuration, afin de constituer un système de transport cohérent et efficace. Ces deux dimensions supposent la mise en place d’une gouvernance intégrée à l’échelle territoriale et inclusive pour l’ensemble des acteurs de ce système.
Les modèles de développement et les modalités de mise en œuvre des nouveaux projets de transport de masse suivent souvent des schémas relativement similaires, malgré la volonté de prendre en compte les spécificités propres à chaque projet. Cette prise en considération des contextes urbains, des usages et des pratiques de mobilité existe dans la plupart des projets, mais les moyens ne permettent pas toujours de la rendre effective.
Ces convergences s’expliquent notamment par des montages financier et institutionnel comparables, reposant généralement sur une combinaison de prêts de bailleurs de fonds, d’assistance technique, de ressources publiques nationales et de partenariats public-privé. Elles tiennent ensuite à une structuration de projet le plus souvent centrée sur la composante infrastructurelle, qui concentre l’essentiel des ressources, et représente le gros des tâches à entreprendre pour sa mise en œuvre (études préalables, libération des emprises, passation des marchés, réalisation des travaux, réception, mise en service…).
Ces approches peuvent conduire à une rupture dans l’espace urbain et constituer des coupures urbaines qui remodèlent aussi bien les mobilités existantes (itinéraires piétons, circulation des véhicules) que les usages de l’espace (accès aux équipements de proximité, activités commerciales, etc).
Un projet de transport de masse ne constitue pas seulement un ouvrage d’ingénierie. Il représente également un puissant vecteur de transformation spatiale et sociale. Son succès suppose l’émergence et l’appropriation d’un nouveau service qui bouleverse les pratiques de mobilité et nécessite quelques fois le développement d’une nouvelle « culture » spécifique : adoption de bonnes pratiques, respect des règles d’exploitation, sensibilisation à la sécurité routière…
Ces projets concentrent un haut niveau de compétences dans le domaine de l’ingénierie des transports, que ce soit dans les équipes des maitrises d’ouvrages, des bailleurs, ou des assistances techniques (MOA et MOE). Cependant les enjeux liés à la prise en compte des usages, des pratiques de mobilité et des transformations spatiales induites par les projets demeurent parfois en marge des processus de conception et de mise en œuvre. Leur renforcement dès les phases d’études préalables serait une piste à explorer pour faciliter l’expansion du service en aval.
Enfin, la question de la gouvernance apparaît comme un facteur déterminant. Ces enjeux devant être davantage portés dans le cadre du pilotage du projet. Une gouvernance multiscalaire et multi-acteurs, fondée sur le dialogue et la coopération avec les opérateurs de transport présents, constitue une condition essentielle à l’intégration territoriale et fonctionnelle des projets. L’exemple de l’aménagement des PEM comme interface urbaine et de transport est très éclairant tel que présenté pour le cas d’Abidjan, où les démarches mises en place par la structure de gouvernance montrent une réelle volonté d’inclusivité des acteurs du transport.



Commentaires