Tribune : Vers un ODD Logement post 2030
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Ce texte est une invitation à agir. Nous le partageons avec l’idée qu’il puisse circuler, être repris, adapté, et servir de point d’appui dans les échanges, les prises de parole et les espaces de décision. Les enjeux qu’il porte dépassent ce texte : ils appellent une mobilisation collective. Par Christine Auclair et Xavier Crépin, membres de l'ADP.
Le logement est reconnu comme un droit fondamental depuis plus de 75 ans, après une période de reconstruction et le développement de politiques d’habitat abordable initiées par les Nations Unies dès les années 1990 avec une accélération après la crise immobilière de 2007-2009 et celle du Covid en 2020.
Et pourtant, le logement reste l’un des angles morts des politiques globales de développement durable et de l’aide internationale. Des millions sont sans abri. Et partout, les inégalités d’accès à un logement digne s’aggravent.
Le logement est devenu l’un des principaux révélateurs des fractures contemporaines. Et pourtant, dans les Objectifs du Développement Durable (ODD), il n’existe aucun objectif dédié au logement. Il est dilué dans une cible unique, la cible 11.1. Mais cette cible est insuffisante: elle est trop technique, ne reflète pas la réalité vécue, ne capte ni les expulsions, ni la crise de l’accessibilité, et ne permet pas d’orienter les politiques.
Résultat : le logement est reconnu… mais il n’est pas structurant. Et c’est là le cœur du problème. Car le logement n’est pas un secteur parmi d’autres.
C’est un nœud stratégique. Sans logement digne : pas de santé, d’éducation stable, d’égalité réelle, de résilience face aux crises. Sans logement accessible, les villes se fragmentent, les inégalités se reproduisent, les tensions sociales s’intensifient.
Autrement dit : sans logement, les ODD ne peuvent pas être atteints. Et pourtant, depuis le début du siècle, les politiques ont évolué dans une direction problématique. Le logement a été progressivement considéré comme une marchandise, laissée aux logiques de marché.
Les conséquences sont visibles : spéculation foncière, exclusion des plus vulnérables, précarité massive, crise du logement abordable, au Nord comme au Sud. Le marché ne peut pas, seul, répondre à un besoin fondamental. Il doit s’appuyer sur une intervention déterminée de la puissance publique.
Il faut donc changer d’échelle. En 2030, dans le nouvel agenda du développement, Un ODD dédié au logement permettrait :
* de donner une visibilité politique claire
* de fixer des objectifs mesurables et structurants
* d’orienter les financements internationaux
* de renforcer la coopération entre États, villes et acteurs
* et de mieux prendre en compte la diversité des formes d’habiter.
Mais au-delà des outils, c’est un changement de perspective. Il s’agit de reconnaître que le logement n’est pas seulement un produit. C’est une condition d’existence dans la ville. Nous sommes à un moment charnière. La question n’est plus seulement de produire des logements. La question est : qui peut encore habiter les villes, et dans quelles conditions ?
Faire du logement un Objectif de Développement Durable, c’est répondre à cette question. C’est remettre l’humain au cœur de l’urbain. C’est donner aux villes les moyens d’être inclusives. C’est faire un choix de justice. Et aujourd’hui, c’est une nécessité. Sans logement digne, il n’y a ni ville durable, ni société équitable.
Avec sa politique de logement social portée depuis des décennies par la puissance publique, la France dispose d’une base solide. Elle s’appuie également sur une politique de la ville structurée, notamment à travers les programmes de renouvellement urbain, récemment relancés. À cela s’ajoutent une fiscalité incitative reconnue, des aides à la personne, ainsi qu’un système de financement favorable, fondé sur la collecte des cotisations des employeurs et une mobilisation attractive de l’épargne des ménages. L’ensemble de ces dispositifs fait de la France une référence européenne dans le domaine du logement abordable. Forte de ses institutions représentatives et d’un secteur immobilier économique dynamique, elle pourrait, aux côtés d’autres pays engagés, jouer un rôle moteur. Elle serait ainsi en mesure d’appuyer une campagne en faveur d’un Objectif de Développement Durable dédié à l’habitat, en lien avec les institutions internationales, notamment ONU-Habitat.
Cette dynamique pourrait trouver un point d’appui à l’occasion des dix ans de la Conférence Habitat III - Quito +10 - d’ici la fin 2026 ou début 2027.